Le Monde des livres, 22 mai 2026, par Amaury Da Cunha
Anne Serre à la recherche de mots justes
Anne Serre ne tourne pas autour du pot. Son grand sujet, c’est la littérature. Depuis des années, cette autrice d’une quinzaine de livres, dont Le Narrateur ou Vertu et Rosalinde (Mercure de France, 2004 et 2025), tient un carnet où s’accumulent les traces d’une dévotion inquiète, presque obsessionnelle, à l’écriture. Une passion qui déborde la simple vie vécue. Car ce journal n’a rien d’un récit autobiographique au sens traditionnel. Il s’inscrit plutôt dans le sillage du grand œuvre de Roger Laporte, Une vie (P.O.L, 1986), pour raconter, non pas une existence, mais la vie de l’écriture elle-même.
Dans ce volume passionnant, couvrant les années 2002 à 2024, Anne Serre passe par une relecture scrupuleuse de nombreux auteurs qui l’accompagnent depuis toujours. Georges Simenon (1903-1989) ou Thomas Bernhard (1931-1989), par exemple, dont elle cherche à qualifier le style, en recherche de mots justes. « Répétition tournoyante », écrit-elle à ce sujet. Mais ces pages accueillent aussi ses rêves, consignés avec une extraordinaire précision, comme si la fiction continuait de la hanter jusque dans le sommeil. « Rêve cette nuit. Je devais être opérée à cœur ouvert afin de pouvoir respirer. » Et quand Anne Serre ne parle pas de sa vie onirique, ou de littérature, avec un sens aigu de l’observation, elle livre des aperçus sur elle-même et le monde, dignes des plus grands moralistes. « La réputation est créée par l’opinion, c’est-à-dire la bêtise. Si tu veux être réputé, il te faut séduire la bêtise. »