Guy Walter


Un jour en moins

Collection : Verdier/poche

Récit

96 pages

6,90 €

978-2-86432-580-2

avril 2009

Cette recherche du temps perdu de l’enfance, évoquée ici avec une émotion retenue, trace le parcours difficile mais contraint qui remonte les ans jusqu’à ce « jour en moins » où, pour ne pas mourir, l’enfant dut effacer une part de lui-même. Que cachait ce désir qui, à l’âge de cinq ans, un jour d’été en Autriche, le précipita dans le vide ?

Pour réveiller une mémoire dont la parole était absente, l’écriture se fait musicale, lente, insistante comme un lointain ressac, étrangère à toute volonté discursive afin qu’émerge, dans ce retrait, l’état d’enfance. Apparaît alors cette conscience – et c’est là l’originalité du récit – où les sentiments s’éprouvent de façon concrète et absolue à la fois, où les sensations, les impressions restituées dans leur expression première, leur présence vive, s’incarnent dans un corps d’enfant.

Déjouant l’opacité du souvenir, le récit renoue fil à fil le passé dans le même temps qu’il dévoile une terrible béance, une irréparable disparition.

Une nuit quelle qu’elle soit ne peut trouver place dans le jour. C’est lorsque le jour s’est tout à fait dissipé, tout à fait retiré que la nuit peut arriver, que la nuit peut ouvertement tomber. La nuit tombée est une nuit pure. C’est une nuit qui ne s’est pas mélangée au jour. C’est une nuit qui attendait pour venir. C’est une nuit patiente et pure. C’est une nuit préparée. C’est une nuit qui a la proportion d’un jour disparu. C’est une nuit quantifiée et juste. C’est une nuit en équilibre avec le jour parti, une nuit de juste mesure. Cette nuit, nous ne la voyons pas parce que c’est elle qui ferme nos yeux. C’est elle qui enferme nos yeux à l’intérieur de notre corps. C’est elle qui les retourne vers l’intérieur. Et nos yeux retournés continuent de regarder. Ils regardent des jours disparus. Ce sont des jours entourés. Ce sont des jours que la nuit a mis à l’intérieur de notre corps pour ne pas y toucher. Ce sont des jours préservés. Ce sont des jours protégés. Notre corps est juste fait pour eux. Notre corps a la dimension des jours passés.

Depuis longtemps, je le sais, mon corps n’a plus la dimension de mes jours. Mon corps n’abrite plus ses journées accomplies, ses journées disparues. Mon corps n’assiste plus à l’accomplissement du jour. Mon corps est un corps retiré du jour qui l’entoure. Mon corps est un corps inversé parce que c’est un corps qui lui-même a inversé le mouvement du jour.

Et je sais maintenant que c’est en cette nuit d’été, en cette nuit d’Autriche, que tout arriva. Je sais qu’en cette nuit-là tous mes jours se sont assemblés. Je sais ce qui s’est passé.

Actualité Rhône-Alpes du livre, mars 1994, par Philippe Camand

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« Carnet nomade », par Colette Fellous, France Culture, dimanche 1er novembre 2009 de 14h à 15h