La Grande Sauvagerie

Collection jaune

160 p.

13,18 €

Epub : 9,99 €

PDF : 9,99 €

ISBN : 978-2-86432-601-4

Parution : janvier 2010

La Grande Sauvagerie, c’est le nom que les coureurs de bois du Canada français ont donné à ce qui s’est appelé, en d’autres temps et d’autres lieux, The Wild : l’espace inviolé, le blanc sur la carte. L’expression s’est perdue et ne parle plus guère à personne.

La Grande Sauvagerie, c’est aussi un lieu-dit, un rocher qui domine un coin de la campagne limousine. Les guides touristiques le signalent à l’attention pour sa lanterne des morts, une simple tour de granit, sans grâce.
Les habitants du pays ont oublié depuis longtemps qu’un feu y brûlait jadis, qui guidait les voyageurs dans la nuit.

Thérèse Gandalonie a grandi à Saint-Léonard, à l’ombre de la lanterne des morts. Puis elle s’en est allée. Elle a traversé l’océan. Elle a découvert, dans les bibliothèques américaines, le Journal inédit de Jean-François, peintre d’ex-voto établi à Montréal, cousin à la mode de Bretagne du Grand Rameau. Elle a compris en le lisant que les deux Grandes Sauvageries renvoyaient l’une à l’autre.

Quand elle s’en retournera, elle saura désormais apercevoir, infusée dans le paysage, une histoire oubliée de tous. Elle la déchiffre pour nous. C’est sa voix que nous entendons, une voix rocailleuse traversée par le vol des lucioles.

 

Cet ouvrage a reçu le prix Lavinal 2010, ainsi que le prix Thyde-Monnier de la SGDL 2010.

Extrait

Je devais avoir quatorze ou quinze ans quand elle fit retour dans ma vie. Je jouais à cache-cache dans un coin de la Place, un peu gênée d’être de loin la plus âgée du petit groupe d’enfants criailleurs ; je savais bien que ce n’était plus de mon âge et je me sentais obligée de m’en excuser en mimant nonchalance et détachement ; le jeu venait tout juste de l’emporter sur mon affectation quand, soudain, alors que je n’avais plus d’autre idée en tête que de me soustraire aux regards, le mur contre lequel j’étais adossée se déroba. Contrairement à ce que tout le monde disait, il y avait une ouverture dans la continuité des façades, une échappée par où on pouvait la voir, mais il fallait pour cela reculer, s’éloigner, quitter la presse, l’animation de la Place, gagner le lieu mystérieusement disgracié, où achevaient de rouiller, avec la pesanteur sereine des choses abandonnées à elles-mêmes, des pièces d’attelage, des pots d’échappement, des pare-chocs, tout un embarrassement de ferraille, éternel objet de discorde, de controverses électorales, déversé contre le mur du Parc, falaise de granit recouverte tout entière par l’élasticité poussiéreuse, un peu inquiétante, du lierre ; j’allais pourtant m’y adosser quelquefois, me faisant un point d’honneur de surmonter mes appréhensions, pour le simple plaisir peut-être de braver les recommandations maternelles, troublée aussi de le sentir s’incurver doucement autour de moi, enveloppant à la façon d’un nid. Ce jour-là, alors qu’une vague appréhension, ou bien plutôt une espèce de remords, m’avaient toujours retenue de me laisser aller, je décidai de m’abandonner pour de bon, toute la poussière du monde dût-elle m’engorger les poumons et mon corps devenir la proie impuissante des araignées à l’affût. Je disparus aussitôt dans un froissement d’élytres. Les épaules heurtées par la muraille, la joue frôlée par la déroute d’un lézard, je mis quelques secondes à reprendre mon souffle, la gorge en feu, courbée, suffocante sous la pluie jaunâtre du salpêtre. Quand j’eus enfin repris mes esprits, écartant le réseau vernissé du feuillage, et bien que la lumière me fît ciller les yeux, j’aperçus, d’abord embuée et incertaine, puis avec la netteté d’une révélation, une lacune dans la suite des toits, une simple fente à hauteur des combles, mais qui introduisait brutalement parmi nous la silhouette de la lanterne des morts. Il se produisit alors quelque chose d’étrange, une sorte de déséquilibre dans mon regard, un trouble, une inversion des rapports : la mousse roussâtre des toitures avait reculé dans les marges, dissoute dans un brouillard de taches colorées, tandis que s’imposait à moi, avec un sentiment de proximité presque onirique, le vert profond, aquatique, d’un boulingrin, avec, tout autour, les arbres centenaires et la façade d’un château, des volets clos, une tour accolée au corps de logis, une tourelle plutôt, qui se devinait à peine derrière les frondaisons du cèdre, et puis surtout, à une centaine de mètres du perron, profondément enracinée dans le sol spongieux de la colline, la lanterne, dont je détournai très vite les yeux, comme gênée d’avoir surpris un secret, comme si elle nous observait.

Revue de presse

Blog de la Librairie Mollat (Bordeaux), 16 juin 2010, par Titus Curiosus

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Télérama – Le Guide des festivals, suppl. nº 3152, 9 juin 2010, par Marine Landrot

Du 1e au 4 juillet aux Petites Fêtes de Dionysos, Arbois et Pays de Revermont (39) […].

Fortement ancré en terre limousine, son premier roman, La Souterraine, avait déjà le sens du paysage. Deux enfants y inventaient un jeu pour la route : fixer chaque détail de la nature pour lui attribuer une histoire, un... Lire la suite

Le Temps, 13 mars 2010, par Eleonore Sulser

Christophe Pradeau explore la grande sauvagerie

À la fois chronique paysanne et roman d’aventures, La Grande Sauvagerie est un texte déroutant et jubilatoire qui débusque l’inquiétant au creux du familier, et l’exotisme dans le connu.

Dès les premières phrases, c’est une avalanche de mots, d’adjectifs, de termes précis, précieux, joueurs. Ils se bousculent et donnent... Lire la suite

Télérama, 20 mars 2010, par Nathalie Crom

Ni d’avant-garde ni classique, surtout pas anachronique, l’écriture intemporelle et envoûtante de Christophe Pradeau est la première, la meilleure des raisons de s’attacher à ce très beau roman. Ancré dans la campagne limousine, ses paysages vallonnés et ses mythologies, La Grande Sauvagerie n’a pourtant rien d’une fâcheuse ode au terroir : l’horizon y est grand ouvert, sur l’ailleurs,... Lire la suite

Mollat.com, présentation vidéo de La Grande Sauvagerie

Véronique, libraire chez Mollat à Bordeaux, présente La Grande Sauvagerie, sélectionné pour le prix Lavinal 2010

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Olé !, 3 mars 2010, par Daniel Bégard

Verdier est l’un des rares éditeurs publiant des auteurs français qui se soucient encore de quelques fondamentaux de la langue. Christophe Pradeau, à l’évidence, est de ceux- là.

Invités à emboîter le pas dans le Limousin rural de Thérèse, son héroïne, nous comprenons vite, que les choses n’auront pas cette vertu fanée de l’authentique, que... Lire la suite

La Page 2, 22 février 2010

La Grande Sauvagerie représentait les territoires non explorés du grand ouest canadien lorsque en 1760, un certain Jean-François Lambert quitta Québec pour une avancée solitaire dans la forêt.

On retrouva sa dépouille des années plus tard ainsi que ses carnets flottant dans une barque. La famille Lambert, bien plus tard, nomma la propriété qu’ils achetèrent peu... Lire la suite

L’Humanité, 18 février 2010, par Alain Nicolas

L’écriture et ses « mouches », pour une optique du romanesque

Christophe Pradeau, l’auteur de La Souterraine, nous donne, avec ce deuxième roman, un récit où voyage au long cours et retour à l’origine en terre limousine composent un paysage mental dominé par le sens de la vue.

Est-ce parce qu’elle est atteinte de cette affection que la... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 15 février 2010, par Hugo Pradelle

Paysages

Christophe Pradeau s’interroge sur le paysage comme « miracle d’un espace qui s’ordonne autour de soi, intelligible et chargé d’émotions », faisant s’enrouler ensemble deux histoires qui n’en forment qu’une, troublante, puissamment ancrée dans des espaces qui portent haut l’imaginaire. Un livre remarquablement bien écrit, maîtrisé et complexe, qui, lorsqu’on y songe, fait croire aux... Lire la suite

Lire, février 2010, par Alexandre Fillon

Du Limousin à New Haven

Finement ciselé, le texte de Christophe Pradeau brasse les émotions avec les paysages. Un joli voyage.

Les éditions Verdier ont toujours pris le soin d’ouvrir leur catalogue de fiction à des auteurs aimant à travailler la langue en profondeur, de Michèle Desbordes à Pierre Bergounioux en passant par Pierre... Lire la suite

Le Matricule des anges, février 2010, par Jérôme Goude

La lanterne mythologique

Rugueux et granitique, La Grande Sauvagerie de Christophe Pradeau est le récit allégorique d’une femme originaire d’un village limousin haut perché.

Du haut de toitures gris bleu, de tourelles et de raidillons coupe-jarrets, la phrase inaugurale de La Grande Sauvagerie dégringole, enjambe une volée de virgules, se faufile entre diverses propositions et, gorgée du désir... Lire la suite

Le Magazine littéraire, janvier 2010, par Serge Sanchez

Esprit du lieu

La « Grande Sauvagerie » est une propriété à l’écart du village de Saint-Léonard, dans le Limousin. Thérèse Gandalonie, la narratrice, passera sa vie à en décrypter l’histoire. D’abord, il y eut Jean-François Lambert, peintre voyageur qui partit jadis vers le Nouveau Monde et devint, comme on dit là-bas, « coureur de bois ». C’est en... Lire la suite

Livres hebdo, 27 novembre 2009, par Jean-Maurice de Montremy

Une mouche de mai

Déjà remarqué pour La Souterraine, Christophe Pradeau poursuit chez Verdier son exploration du Limousin par l’écriture. Voici l’étrange enquête de Thérèse Gandalonie, hantée par la mémoire très ancienne et le Nouveau Monde.

Au-dessus de Saint-Léonard, village du Limousin, se trouve un roc surélevé, coiffé d’une lanterne – l’une de ces tours archaïques dressées comme... Lire la suite

Radio et télévision

« Esprit critique », par Vincent Josse, France Inter, mardi 25 mai 2010, de 9h à 9h35

« Du jour au lendemain », par Alain Veinstein, France Culture, vendredi 2 avril 2010, de 23h50 à 0h30

« À plus d’un titre  », par Tewfik Hakem, France Culture, lundi 15 mars 2010, de 16h à 16h30

« Entre les lignes », par Louis-Philippe Ruffy, Radio Suisse Romande, lundi 15 février 2010, entre 11h et midi

« Jeux d’épreuves », par Joseph Macé-Scaron, France Culture, samedi 6 février 2010, entre 17h et 17h55

« Dans quelle éta-gère… », par Monique Atlan, France 2, mercredi 3 février 2010, à 9h05, avant le journal de la nuit et à 5h05

« L’Atelier littéraire », par Pascale Casanova, France Culture, dimanche 24 janvier 2010, de 17h à 18h