Silvio D’Arzo


Maison des autres

suivi de Un moment comme ça

Collection : Terra d’altri

Récit. Traduit par Philippe Renard et Bernard Simeone. Préface d’Attilio Bertolucci

96 pages

10,96 €

978-2-86432-283-2

janvier 1998

« Ici, en haut, il y a une certaine heure. Les ravines et les bois, les sentiers et les pâturages deviennent d’une couleur vieille rouille, puis violette, puis bleue : dans le soir naissant, les femmes soufflent sur leurs réchauds, penchées au-dessus des marches, et le bruit des clarines de bronze arrive clairement jusqu’au village. Les chèvres se montrent aux portes avec des yeux qui semblent les nôtres. »

La douloureuse question qu’une vieille femme, après lapsus et repentirs, pose au prêtre d’un village perdu de l’Apennin, dans Maison des autres, ne peut avoir de réponse : l’univers minéral et désolé où elle affleure, par la magie d’une prose obsédante, se referme sur le drame indicible qui fait le livre.

Tout aussi dense est la rencontre d’un instituteur et d’un « veuf de village », à la fin de la guerre, dans Un moment comme ça, qui débusque le tragique sous l’apparence du sordide, et qu’on peut lire comme un double de Maison des autres dont la figure féminine serait absente.

Mais le vrai mystère de ces deux récits tient à la façon dont leur rythme même transforme en consolation la profondeur du deuil.

Et maintenant, c’était fini. Quelque chose était arrivé, une fois, une seule, et maintenant tout était fini.

Pourtant, je n’éprouvais même pas de douleur, ni de remords, de mélancolie ou quoi que ce soit de ce genre. Je sentais seulement en moi un grand vide comme si désormais plus rien n’avait pu m’arriver. Rien jusqu’à la fin des siècles.

Je faisais les cent pas dans la pièce où pour la première fois elle m’avait si bêtement parlé, je déplaçais un livre, le déplaçais à nouveau, ou tapais comme ça sur une vitre : et maintenant même un enfant aurait pu me conduire par la main. Une absurde vieille, un absurde prêtre : toute une absurde histoire de quatre sous.

Un bruit monta de la ruelle. Les six vieilles de Bobbio arrivaient à l’instant. Toutes les haies avaient gelé. Les six vieilles se réchauffaient en battant des pieds. Un filet de fumée sortit d’une autre maison.

Le garçon monta et frappa à la porte.

« Monsieur le curé, m’annonça-t-il sans entrer. Je cours sonner la cloche. À présent, la Melide a fini.

— J’arrive », dis-je.

Il faisait froid. Décembre est froid chez nous.

Site de la Librairie Charybde (Paris 12e), 17 décembre 2013, par Marianne Loing

Le silence miraculeux des mots

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