Collection : Art, architecture, cinéma

Illustrations en couleurs

352 pages

28,40 €

978-2-86432-426-3

octobre 2004

Les historiens et les philosophes ont toujours étudié les œuvres d’art. Cette fois, c’est à une artiste, Jessica Vaturi, que s’impose la nécessité d’interroger des intellectuels pour élucider sa propre expérience. L’inversion préside à l’initiative de ce livre.

Dès lors la règle veut que chaque écrivain aborde le sujet – corps ouvert, corps couvert – dans l’axe et la cohérence de son propre mode d’investigation. De la diversité de ces approches, des effets de la juxtaposition des pratiques artistiques et de celles de la pensée, naît le pari de cet ouvrage.

 

Textes

Paul Ardenne

Raphaël Cuir

Georges Didi-Huberman

Alain Fleischer

Françoise Frontisi-Ducroux

Jacinto Lageira

Benny Lévy

 

Hors-texte

Jessica Vaturi

 

Avant-propos

par Jessica Vaturi

 

Je suis peintre et plasticienne. À partir des planches anatomiques de la Renaissance, celles d’André Vénale et de l’imagerie médicale contemporaine, mon travail interroge les polarités face et envers, ouvrir/couvrir, dehors/dedans, dessus/dessous ; la topographie des ramifications internes, des flux latents ou cachés.

Au cours de mes recherches des questions ont afflué mais les mots me manquent.

Les historiens et les philosophes ont toujours examiné les œuvres d’art. Cette fois une artiste trouve la nécessité d’interpeller des intellectuels pour élucider sa propre pratique. Cette inversion préside à l’initiative de ce livre.

 

Qui ouvre, couvre le corps occidental et ses images ? Dans quelles modalités ? Dans quelles limites ?

Le xvie siècle inaugure l’ère du corps-objet, de la dissection-spectacle et de la Science rédemptrice. Pourquoi Vénale nous présente-t-il, dans le De humani corporis fabrica, une Vénus-hybride, statue et viscères ?

Pourquoi sculpter des voiles sur des visages de marbre ? ou se couvrir de cendres ? de sperme ? d’excréments ?

Peindre sur/sous toile, la traverser, ou se tatouer, se percer, se vêtir d’explosifs : d’où vient la fascination violente, d’ouvrir, de s’ouvrir, de voir s’écouler l’ouvert ? Qu’engendre le choix photographique – esthétique – de synchroniser les déclics de l’obturateur et du détonateur ?

 

Désormais l’œil pénètre l’intérieur du vivant. Radiographie, scanographie, endoscopie, échographie tridimensionnelle, imagerie à résonance magnétique, « chaque jour, la France produit dix millions d’images de nos corps biologiques ». Comment s’approprier, incorporer cette déferlante d’images ? Sommes-nous ces lieux fragmentés, inouïs que nous scrutons ? « L’imagerie médicale, dernier avatar en date de la représentation, avec lequel s’introduit une autre expérience de l’intimité charnelle » constitue-telle pour la peinture, comme le pense Hubert Damisch, « un défi analogue à celui qu’a représenté, en son temps, la photographie » ? Quelles relations établir entre le droit à disséquer, la possibilité d’explorer in vivo, la faculté de manipuler le biologique, et la perception contemporaine du corps dans l’art ?