Julien Letrouvé colporteur

Collection jaune

128 p.

11,16 €

Epub : 7,99 €

ISBN : 978-2-86432-702-8

Parution : septembre 2007

Nul ne sait d’où vient cet homme qui marche – Julien Letrouvé, colporteur, fut un enfant abandonné – nul ne sait non plus où il va, sinon, peut-être, rejoindre, au bout de son errance, une femme qui l’attend dans son imagination égarée : celle qui lit les livres.

Car la première des deux rencontres éblouissantes et décisives qui nous sont contées dans le récit, est celle d’une paysanne dont la voix et la présence, dans la chaleur souterraine de l’écreigne, enchanta les veillées de son enfance tandis qu’elle faisait la lecture, à une petite assemblée de femmes occupées à filer, des petits livres de colportage de la Bibliothèque bleue.

La seconde aura lieu près du champ de bataille de Valmy – dans les premières années de la République, menacée sur ses frontières, et déjà saisie par le sombre pressentiment de la Terreur –, cette fois avec un jeune homme, déserteur de l’armée prussienne. Elle fera basculer son destin.

Extrait

Ils allèrent à l’une des tables de cuisine, pleines d’entailles, sombres et tout en longueur, faisant office de présentoirs. La marchandise, comme disait M. Garnier sans mettre dans ce mot rien d’irrespectueux à l’égard des ouvrages de l’esprit desquels il tirait ses revenus, consistait en livres, livrets, fascicules brochés, calendriers, almanachs et composts, quelques images de piété gravées en couleur, d’autres, peut-être, que leurs sujets par trop licencieux empêchaient qu’elles fussent exposées. M. Garnier laissa courir un regard amoureux, comblé, sur les exemplaires les plus demandés de sa Bibliothèque bleue. Il n’était pas sûr que Julien Letrouvé se fît, ainsi que lui, une idée assez haute de son métier, de la marchandise particulière qu’il colportait et par là de l’espèce de mission qui lui était tacitement dévolue. Mais pouvait-on savoir, Julien Letrouvé se livrait avec tant de retenue, et s’il avait eu un mot à dire pour dissiper les incertitudes que ses silences entretenaient, aurait-il su trouver celui qu’il fallait ? Aussi, quand il déclara avec assurance que cette fois il ne prendrait que les contes, les légendes et les romans, à l’exclusion de tout ce qui était calendriers, prédictions, vie des saints et des rois, recettes et médecines, chansons, féeries et diableries, cantiques, manuels de bonne préparation à la mort, jardins de l’honnête amour et tant d’autres qu’il laissait à ses confrères les mercerots qui ne faisaient pas tant de manières pour se charger du tout-venant, M. Garnier eut-il le sentiment de voir surgir des ténèbres d’incompréhension qui la lui avaient cachée la face insoupçonnée d’un jeune homme à la volonté duquel il se prit, sidéré, à répondre d’un secouement de tête, en signe d’approbation. C’était, à n’en point douter, l’époque qui lui fournissait de tels motifs de perplexité qu’il se proposait d’approfondir plus tard.
Julien Letrouvé avait approché sa boîte, il en retira le couvercle doublé d’un drap fin couleur de sable, comme celui qui en tapissait le fond. Il dit résolument à M. Garnier que ceux des livres qu’il tenait à emporter étaient, sans qu’il y eût d’ordre de préférence dans son énumération, L’Histoire de Fortunatus, Mélusine, La Patience de Grisélidis, Gracieuse et Tersinet, La Complainte du Juif errantainsi que Till l’Espiègle et La Princesse de Clérac, par Monseigneur de Dalbour. Il prendrait aussiLa Farce de Maître Pathelin, La Jalousie du Barbouillé et la petite brochure où il y avait l’éloge funèbre du bedeau picard Michel Morin qui fut si grand carillonneur en son temps. Après une hésitation, il ajouta très vite qu’il avait choisi, enfin, La Forêt des merveilles. En énonçant ce dernier titre, il désigna un livre à l’écart, comme délaissé à un bout de la table. M. Garnier eut une expression de vif étonnement et finit par dire qu’il n’y avait pas d’ouvrage de ce nom parmi ses publications, non plus à sa connaissance que dans celles de ses confrères de cette ville ou d’ailleurs. Et parce que Julien Letrouvé protestait que c’étaient ceux qui faisaient la lecture aux veillées, dans les écreignes, qui le demandaient, M. Garnier répliqua que sans doute il ne l’avait pas bien compris, ce titre inconnu, à moins que pour son amusement il ne l’eût inventé de toutes pièces. Ce fut la seule fois qu’entre eux se dressait quelque chose qui chez l’un ressemblait à du défi, chez l’autre à du soupçon. Était-ce encore à cause de ce temps qui se chargeait des menaces du ciel et des hommes et ne tarderait pas à crever à grand fracas sur eux ? N’entendant pas disputer davantage en pure perte, ou sentant peut-être poindre un sombre pressentiment, M. Garnier prit le livre sur la table et le déposa avec les autres dans la boîte. Toutes les couvertures bleues sur le fond couleur de sable étaient comme un attardement des beaux jours. Julien Letrouvé replaça le couvercle. L’obscurité s’accrut dans la salle. Tandis qu’il lui donnait l’accolade, M. Garnier sentit des larmes couler le long de sa joue. Il lui ouvrit la porte et tristement murmura un adieu.

Revue de presse

Souffles, mai 2008, par Gaston Marty

Dès l’abord le livre de Pierre Silvain fleure le mouvement pris dans la lenteur ; il est aisé d’y humer le souffle d’un voyage et toute sorte de « circulations ». Le colporteur – malgré la survie du terme, en matière de livraison de journaux par exemple – s’esquisse en relief tel un personnage du passé. À la réflexion, de ce transport... Lire la suite

Le Choix des libraires, 28 février 2008, par Jacques Griffault, Librairie Le Scribe (Montauban)

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Annales historiques de la Révolution française, octobre-décembre 2007, par Jean-Clément Martin

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Libération, 28 février 2008, par Claire Devarrieux

Le « colporteur » colporté

Il marche. On ignore où il va, d’où il vient, on ne sait pas qui il est. On le croise souvent, il arpente sans répit les paysages de la littérature. Parfois, ce personnage errant est une femme, comme au début de Redemption Falls, le roman de Joseph O’Connor. Dans le roman de Pierre Silvain,... Lire la suite

Droit de cités, décembre 2007, par Willy Persello

La forêt qui cache le roseau

Marronnier de septembre, la rentrée littéraire revient chaque année avec son lot de chefs d’œuvres, d’auteurs décidément incontournables et de proses résolument modernes et novatrices. Cette année ne dérogea pas à la règle. Avec 727 romans dont 493 romans français parus entre la fin août et le début de... Lire la suite

Vient de paraître, septembre 2007, par Thierry Guichard

C’est un homme seul qui arpente les chemins de l’Est de la France, au lendemain de la Révolution française alors que, de chaque côté de la frontière, on sort les fusils, on astique les canons. Julien Letrouvé n’a cure de la guerre qui s’annonce. Son bonhomme de chemin s’est tracé dans la solitude, au sortir... Lire la suite

Le Magazine littéraire, décembre 2007, par Jean-Baptiste Harang

Une étrange étreigne

Pierre Silvain écrit depuis près de cinquante ans. Son nouveau livre, Julien Letrouvé, colporteur, est une manière de chef-d’œuvre. Mais pourquoi n’a-t-on pas lu Pierre Silvain plutôt ?

Voilà bientôt cinquante ans que Pierre Silvain écrit des livres que nous ne lisons pas. Et puis nous voici soudain riche d’en avoir lu un, riche... Lire la suite

Indications, octobre 2007, par Pol Charles

Lectures d’écreigne

Thierry Guichard, dans Le Matricule des Anges, septembre 07 : « Voilà près de cinquante ans que Pierre Silvain publie des livres […]. II serait temps qu’on le lise… » Pour, en l’occurrence, découvrir quoi ?

Un récit qui brasse la grande Histoire (Valmy, le 20 septembre 1792, la victoire française de Dumouriez et Kellermann sur l’armée du... Lire la suite

Page des libraires, octobre 2007, par Delphine Munch, Librairie Kléber (Strasbourg)

Venu de nulle part, Julien Letrouvé passe son enfance à écouter une vieille paysanne lui faire la lecture. Bercé de légendes merveilleuses jusqu’à sa puberté, ne sachant pourtant déchiffrer un mot, il croit au pouvoir fabuleux des livres. Son destin est tracé, il sera colporteur des ouvrages de la Bibliothèque Bleue. Rien n’arrête alors son... Lire la suite

Encres vagabondes, 4 octobre 2007, par Dominique Baillon-Lalande

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Notes bibliographiques, octobre 2007

À peine né, Julien Letrouvé est découvert au pied d’une croix, au coin d’un arpent de seigle. Les plus belles heures de son enfance, c’est sous terre qu’il les passe, au fond d’une cave champenoise. Au milieu des fileuses, assis tout près de la liseuse qui tient religieusement entre ses mains le livre à couverture... Lire la suite

Livre/échange (publication du CRL Basse-Normandie), octobre 2007, par Nathalie Colleville

Le paradis perdu des livres

Ce parcours initiatique d’un colporteur, Julien Letrouvé, illettré mais amoureux des livres, prend un relief saisissant sous la plume toujours habile du cabourgeais Pierre Silvain.

Julien Letrouvé a été abandonné à sa naissance à l’angle d’un champ. De lui, on sait peu de choses. Si ce n’est son enfance... Lire la suite

L’Écho, 15 septembre 2007, par Jacques Morlaud

En cette fin de 18e siècle, Julien Letrouvé sillonne les régions avec sa boîte contenant outre quelques articles de mercerie, des livres sortis de l’imprimerie Garnier. Au fil de ses pérégrinations, il multiplie les rencontres parfois heureuses, parfois plus sombres… Certaines sont plus marquantes que d’autres et, à travers elles, nous apprenons quelques détails sur les... Lire la suite

Tageblatt, septembre 2007, par Laurent Bonzon

De ce côté-ci du monde

Parmi les livres de la rentrée, il y a toujours les attendus et les surprises – celles qui ne tiennent pas le devant de la scène, n’attirent pas toutes les attentions. Et puis, parmi les surprises, il y a les bonnes – celles qu’on n’espérait pas et qui emportent le lecteur dans des... Lire la suite

Le Nouvel Observateur, 6 septembre 2007, par Jérôme Garcin

Je ne connais pas un seul critique littéraire qui aurait le cran et l’obstination de Julien Letrouvé. Voici en effet un jeune homme qui, au lendemain de la Révolution française, se consacre à la propagation de la lecture, et que rien n’arrête dans son marathon des mots : ni la guerre, ni les autodafés improvisés par... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 15 septembre 2007, par Marie Étienne

Ombre et lumière

Julien est un pauvre homme dont la biographie est fournie dès le titre : c’est un enfant trouvé qui choisit le métier de libraire ambulant, c’est‑à‑dire colporteur, à travers les campagnes de Champagne et d’Ardenne, dans les années qui succédèrent à la Révolution.

On n’en saura pas beaucoup plus. En revanche on... Lire la suite

Le Matricule des anges, septembre 2007, par Thierry Guichard

C’est un trou de verdure

Dans une langue somptueuse, Pierre Silvain porte la littérature à la lisière de la bataille de Valmy. Et transforme un analphabète en personnage rimbaldien.

C’est à un drôle de zig que nous attache Pierre Silvain. Un innocent, bâti comme un seconde ligne de rugby, aux mains d’étrangleur, roux comme... Lire la suite

Livres hebdo, 29 juin 2007, par Jean-Maurice de Montremy

Valmy, alentour

Tandis que se déroule l’improbable bataille de Valmy, un colporteur croise la route d’un déserteur prussien. Hors du temps et de l’espace, voici la vaste songerie des paysages…

Romans, poésie, récits, essais… Depuis 1960, Pierre Silvain est l’auteur d’une œuvre abondante qui a suivi son chemin comme celui de Julien Letrouvé, le... Lire la suite

Radio et télévision