Peau d’ogre

128 p.

14,00 €

Epub : 9,49 €

ISBN : 978-2-86432-713-4

Parution : février 2013

Un homme, pénétrant au milieu de la nuit dans un bar de la place de Clichy, croise le regard meurtrier d’un jeune voyou avec qui il va se lier d’amitié.
Commence pour ce duo paradoxal un voyage à l’intérieur d’un triangle dont les pointes sont la place de Clichy, la place des Abbesses et l’église Notre-Dame-de-Lorette, au fil duquel se dessine une géométrie de la nuit qui est aussi une géométrie du souvenir, générant des métamorphoses où les masques et les rôles s’échangent, où se raconte dans des rixes banales à la lumière violente des néons contemporains une très vieille histoire qui met à nu le passé le plus ancien, celui des ogres et des mythes.

Extrait

Vous franchissez le seuil du Jardin de l’Enfer en saluant le portier, le géant Joseph. Vous remarquez, tranchant avec la troupe des trois disciples de Dionysos plantés à l’orée du comptoir, une face camuse, noire comme le suif, dont le regard vous fouille comme une dague. Vous sentez de façon palpable une passion violente s’exhaler de ce bloc de chair terreux. Quelque chose dans cette face vous attire, mais vous ne le savez pas encore. Vous allez prendre place au milieu du zinc. Entre la peau de terre et vous sont interposés deux jeunes femmes en minijupe aux carrures de rugbyman et un Arabe débitant des âneries. Vous observez une pyramide de cendres progresser en direction de vos talons, commandée par deux coudes pointus soliloquant d’une voix de fausset et époussetant un balai contre vos tibias dans des gestes d’épileptique.
— T’es pas encore mort ? ! glapit Rodrigue.
— Non.
— Une bière ?
— Oui.
L’ivresse est le masque de fer derrière lequel vous avancez dans la nuit. Chaque semaine, depuis des années, vous avez ponctuellement voyagé jusqu’à cette grotte lumineuse de la place de Clichy. Vous marchiez à la rencontre d’un peuple de fantômes tapi en lisière de votre attracteur étrange.
Vous contemplez le ballet incessant des noctambules dessinant le long de la baie vitrée du Jardin de l’Enfer des arabesques de bancs de sardines. Chacun de vous regarde la facette d’un rêve kaléidoscopique distendu dans le wagon immobile du train fantôme filant à travers la nuit. Seul Rodrigue ne rêve pas. Il examine tour à tour ses cinq clients comme le croque-monsieur qu’il vient de glisser dans le grill graisseux collé contre la machine à café. Il savoure l’idée qu’il n’en restera qu’un clafoutis organique.
À votre gauche les deux deuxième ligne en minijupe de cuir affublés de perruques noir corbeau, les visages plâtrés dans un fond de teint impuissant à dissimuler les taches de son d’un frais rasage, ont vidé nerveusement le fond de leurs bières et ont détalé dans de grands claquements de talons à la suite d’un héros invisible venu les arracher au comptoir des passions. Entre la Mort et vous, il n’y a plus que l’Arabe.
Immanquablement, l’Arabe se tourne vers vous.

Revue de presse

Europe, juin 2013, par Thierry Romagné

Résumer Peau d’ogre est a priori chose simple : un écrivain, hanté par le souvenir d’un ami peintre disparu et à qui le liait un « pacte de jeunesse » (devenir, chacun dans son domaine, un « grand »), entre un soir dans un bar de la place Clichy, Le Jardin d’Enfer. Il y croise le regard chargé d’hostilité d’un Zaïrois à la peau... Lire la suite

Transfuge, avril 2013, par Sophie Pujas

« Il y a en vous un labyrinthe hanté par des peurs troglodytes. » Avec Peau d’ogre, Vincent Eggericx tente de passer au-delà de la surface ordinaire des choses, de l’autre côté de la vie et de soi-même. Que se passe-t-il dans cet étrange récit sous hypnose, porté par un souffle parfois fulgurant ? En apparence, peu de chose. Écrit... Lire la suite

Le Magazine littéraire, avril 2013, par Juliette Einhorn

Au bout de la nuit

La certitude de la réalité macabre tapie derrière la porte, dans le cabinet de Barbe-Bleue, n’empêche pas d’aller se jeter dans la gueule du loup. C’est ce que vous ferez, bien entendu, puisque c’est à cette deuxième personne, hybride entre je et tu, que le narrateur à l’envers conte son... Lire la suite

Livres hebdo, 25 janvier 2013, par Jean-Claude Perrier

Clichy tragédie

Mythe, épopée, drame, balade, le nouveau Vincent Eggericx surprend fort.

Ce qu’il y a d’épatant, chez Vincent Eggericx, c’est que, d’un livre à l’autre, il se montre à la fois fidèle à lui-même, à son talent, à sa grande exigence littéraire, et absolument surprenant, voire déroutant. Ainsi, après L’Art du contresens (Verdier, 2010), croyait-on... Lire la suite

Radio et télévision

« Le Carnet d’or », par Augustin Trapenard, France Culture, samedi 25 mai 2013 de 17h à 18h

« Du jour au lendemain », par Alain Veinstein, France Culture, mardi 16 avril 2013 de minuit à 0h35