Giani Stuparich

Une année d’école

Roman. Traduit de l’italien par Carole Walter

Collection : Verdier/poche

96 pages

9,50 €

978-2-37856-196-3

février 2024

Publié en 1929, et inédit en français, Une année d’école évoque une année scolaire (1909-1910) dans un lycée de Trieste, avec ceci de particulier : pour la première fois, dans cette classe préparatoire à l’université, parmi une vingtaine de garçons, se trouve… une fille. Edda Marty a préparé l’examen d’admission qui lui ouvrirait les portes des études supérieures. Et elle a réussi, haut la main.

Stuparich nous offre ici un portrait de jeune fille rayonnante et complexe. Edda s’est installée avec sa famille à Trieste. Brillante, imaginative, animée d’une volonté peu commune, à l’aise tout de suite parmi ses condisciples masculins, plutôt maladroits et immatures, elle opère involontairement chez eux une transformation. Désarçonnés, en proie à des sentiments nouveaux, les garçons ramènent Edda à son statut de femme, alors qu’elle voudrait n’être pour eux qu’une camarade comme les autres. Elle lutte alors pour ne pas être assignée au rôle conventionnel qu’on veut lui imposer et contre ces tentatives masculines de la prendre au piège, d’aliéner la liberté à laquelle elle aspire de toute son âme.

Elle finit pourtant par trouver auprès d’Antero une consolation amicale. Puis vient la sensualité brûlante de l’adolescence. Mais la tentative de suicide d’un des élèves de la classe qui, amoureux d’elle, exalté et désespéré, se tire un coup de pistolet dans le cœur, va bouleverser cet amour naissant. C’est à Edda qu’il reviendra de ramener à la vie le jeune rescapé. Ainsi sacrifie-t-elle son amour pour Antero, par devoir et parce qu’une fois encore on l’assigne à être la femme dont le rôle est défini et circonscrit par les autres.

Ce court roman est avant tout, et c’est là toute sa modernité, une magnifique ode à la jeunesse et à la détermination : il se termine d’ailleurs par un délicieux renversement carnavalesque dans une scène d’une grande puissance émancipatrice, ouvrant des perspectives aux personnages, malgré la guerre à venir. Évocation très actuelle des rapports entre les sexes, passages éprouvants de l’exaltation à la dépression, de la sensualité à l’abnégation, entrecroisement de la mort et de la vitalité la plus débridée : tels sont quelques-uns des traits saillants de ce bref roman.

L’Italie à Paris, 6 février 2024, par Murielle Hervé-Morier

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