Varlam Chalamov

1904 – La famille de Chalamov rentre à Vologda, terre de ses pères, après douze années de mission orthodoxe à Kadyak, alors concession russe dans les îles Aléoutiennes.
18 juin 1907 – Naissance de Varlam, dernier de cinq enfants. Après Kadyak, une certaine opulence règne dans la famille. Son père, Tikhon, assure le service de l’église-cathédrale orthodoxe de Vologda.
1915 – Le frère qu’il aimait est tué au front.
1917 – La Révolution d’octobre bouleverse radicalement les conditions de vie des Chalamov qui tombent peu à peu dans une misère noire. Le père est privé de ses fonctions, en dépit de son appartenance à la branche réformiste des orthodoxes favorable au nouveau régime ; il tombe bientôt malade et perd la vue. Leur logement est réduit à une pièce pour six. Chalamov fréquente assidûment la riche bibliothèque publique, il se passionne pour le théâtre et anime un théâtre d’amateurs (1918-1919, époque des grands festivals de masse), et tel Tobie, conduit son père aveugle aux houleux débats sur la religion.
1918-1921 – Guerre civile.
1921-1922 – Lénine lance la Nouvelle Politique Économique.
Staline est nommé Secrétaire Général du Parti.
Exils en masse de l’intelligentsia.
1922 – Fin des études secondaires de Chalamov. Mais l’entrée à l’Université est alors interdite aux fils d’ecclésiastiques.
1924 – Mort de Lénine.
Chalamov tourne définitivement le dos à Vologda, quittant une mère qu’il adore, accablée de labeurs et de sacrifice. Il trouve un travail dans une tannerie des environs de Moscou.
1926 – Ce travail en usine et la période plus libérale de la NEP lui ouvrent désormais l’accès à l’université de Moscou. Il choisit le droit. Il fait partie de phalanstères, court les meetings, fréquente les bibliothèques, les cercles futuristes et constructivistes, et s’exerce à écrire.
1929 – Lancement du premier plan quinquennal ; collectivisation forcée.
Bannissement de Trotski. Début de la première série de grandes purges.
19 décembre 1929 – Première arrestation de Chalamov dans une imprimerie clandestine de l’université pour diffusion du Testament de Lénine (dans lequel Lénine exprimait ses réticences sur le choix de Staline comme successeur). Condamné à trois ans de travaux forcés dans une section spéciale à Vichéra, nord de l’Oural, il travaille à la construction du combinat chimique de Berezniki. Il y fait la connaissance de sa femme, G.I. Goudz, qui divorcera pour lui. Un coup de foudre.
Octobre 1931. Libéré, il rentre à Moscou. Il se consacre désormais fiévreusement à l’écriture, à la poésie notamment, et publie ses premiers récits avec succès.
1933 – Décès du père.
1934 – Décès de sa mère.
1935 – Naissance de sa fille Lena.
1937-1938 – Deuxième vague de purges staliniennes.
12 janvier 1937 – Seconde arrestation de Chalamov. Condamné à cinq ans de bagne, il est envoyé en Kolyma, dans cet Extrême-Orient soviétique dont les fabuleuses richesses minières et aurifères, récemment découvertes, sont exploitées coûte que coûte. Camps d’Arkagala, de Djelgala, de l’Arian-Uriah, affluent aurifère du fleuve Kolyma. C’est l’empire de Berzine, l’organisateur de la ruée vers l’or de Staline. Le monde du Goulag. Les camps de la mort. En 1938, de nouvelles vagues d’arrestations par centaines de milliers, amènent dans les chantiers des forces fraîches. Chaque jour des listes de prisonniers à fusiller sont établies pour leur faire place. Chalamov échappe miraculeusement à la mort.
Juin 1941- Offensive allemande contre l’URSS.
1943 – Chalamov passe à nouveau en jugement et voit sa peine allongée de dix ans. Il est renvoyé dans les mines d’or. Battu tous les jours, cachots de glace et loi des truands, outre les quatorze heures de labeur journalier, le froid, la faim. Tentative d’évasion.
1947 – Stage d’auxiliaire médical à Magadan grâce à un ami chirurgien, c’est le salut. Désormais il exerce à l’hôpital central ou dans un poste médical de la taïga.
1949 – Il se remet à écrire. Des vers, bientôt des torrents de vers. Pas de récit.
1951 – Fin de sa peine. Assigné à résidence en Kolyma, il s’installe au hameau de Baragon, près d’Oimiakon, pôle du froid. L’hiver suivant, il parcourt 1500 km, à travers la taïga, pour aller quérir une lettre de Pasternak, en réponse au premier Cahier de poésies qu’il lui a fait remettre.
1953 – Mort de Staline.
Encore interdit de séjour à Moscou, Chalamov s’y rend cependant, revoit sa femme, rencontre Pasternak. Sa fille le renie ; deux ans plus tard, il divorce.
Il s’installe près de Kalinine (Tver) sur la Volga, travaille au service d’approvisionnement d’une usine de tourbe, et écrit des vers.
1954 – Début des Récits de Kolyma.
1956 – Officiellement réhabilité, il s’installe à Moscou, rompt avec Pasternak, fait la connaissance de sa seconde femme, O.S. Neklioudova. Il reçoit une maigre pension, travaille dans une revue, fréquente la Taganka, écrit une pièce, achève les six Cahiers de Kolyma, compose les Récits. Mais en 1957 un premier sérieux problème de santé le fait basculer dans le monde des malades.
1960 – Après la mort de Pasternak, il fréquente, peu de temps, Soljenytsine (première rencontre en 1962) avec lequel il a rapidement des différends, et se lie d’amitié en 1965-1968 avec la femme du poète Ossip Mandelstam, Nadejda Iakovlevna, puis rompt avec elle. Sa santé se dégrade considérablement, ses premiers livres de Récits sont refusés en URSS mais publiés à l’étranger, hors de son contrôle, sans droit d’auteur, ni respect de la composition des volumes.
1972 – Chalamov fait paraître dans la Literaturnaia Gazeta une véhémente lettre de protestation, mal reçue du public russe. Beaucoup lui tournent le dos. Il vit comme un ascète dans une petite chambre, de plus en plus malade, marqué de tics physiques et moraux. Il remet son œuvre à I.P. Serotinskaia, une amie qui travaille aux Archives nationales.
1979 – Il entre dans une maison de santé, devient aveugle et sourd, dicte ses derniers vers à un ami poète, Sacha Morozov.
1982 – Transféré contre son gré dans un hôpital psychiatrique, il y meurt quelques jours plus tard, le 17 janvier.

Chez d’autres éditeurs

Essais sur le monde du crime, traduit du russe par Sophie Benech, Gallimard, coll. « Arcades », 1993

Mes bibliothèques, traduit du russe par Sophie Benech, Interférences, 1992

Cahiers de la Kolyma et autres poèmes, traduit du russe par Christian Mouze, Maurice Nadeau, 1991

Correspondance avec Boris Pasternak, traduit du russe par Sophie Benech et Lily Denis, Gallimard, coll. « Arcades », 1991

Les Récits de Kolyma, 2 vol., traduit du russe par Catherine Fournier, LGF, coll. « Le Livre de poche », 1990

La Quatrième Vologda : récit autobiographique, traduit du russe par Catherine Fournier, Fayard/La Découverte, 1986

En langue originale

Prose

La plupart des récits que Chalamov a écrits avant la Kolyma ont disparu pendant sa détention.

Les Récits de Kolyma comprennent six recueils :
1. Récits de Kolyma (1954-1962)
2. Rive gauche (1965)
3. Virtuose de la pelle
4. Notes sur le monde du crime
5. Résurrection du mélèze (1966-1967)
6. Le Gant ou KR 2 (1970-72)

Vichéra, anti-roman (1961)

Années vingt suivi de Moscou des Années vingt (1962)

La Quatrième Vologda, Souvenirs (1971)

Anna Ivanovna (théâtre, antérieure à 1962)

Poésie

Six Cahiers de Kolyma (1949-1956) :

1. Le Cahier bleu
2. La Sacoche du postier
3. Personnel et confidentiel
4. Les Monts d’or
5. L’Épilobe
6. Hautes latitudes

Publications en URSS, du vivant de Chalamov (en russe)

Ognivo (La Pierre à feu), 1961

Selest’ list’ev (Froissement de feuilles), 1964

Doroga i sud’ba (Route et destin), 1967

Moskovskie oblaka (Nuages de Moscou), 1972

Tocka kipenia (Le Point d’ébullition), 1977

Stihotvorenia (Poésies), 1988

Radio et télévision

Panorama, France Culture, 20 octobre 1995 (Tout ou rien)

Un livre, un jour, France 3, 18 octobre 1996 (Estampillé Moscou)

Field dans ta chambre, Paris Première, 21 septembre 2003 (Récits de la Kolyma)

Double page, TMC, 27 septembre (20 h) et 28 septembre (12 h 15) 2003 (Récits de la Kolyma)

Les Mardis littéraires, France Culture, 28 octobre 2003 (Récits de la Kolyma)

Le Livre du jour, France Culture, 31 octobre 2003 (Récits de la Kolyma)

Du jour au lendemain, France Culture, 7 novembre 2003 (Récits de la Kolyma)

C’est à lire, RTL, 29 novembre 2003 (Récits de la Kolyma)

Documents sonores

Exposé de Luba Jurgenson sur l’œuvre de Varlam Chalamov. Manifestation organisée par la librairie Floury frères, à Toulouse en mars 2004.

Document sonore d’une heure et quart, disponible sur Contre-feu, la revue en ligne du site Lekti-ecriture.com.