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Les Petites Terres

Collection jaune

128 p.

11,66 €

ISBN : 978-2-86432-524-6

« Il y aura ce que nous avons été pour les autres, des bribes, des fragments de nous que parfois ils crurent entrevoir. Il y aura ces rêves de nous qu’ils nourrirent, et nous n’étions jamais les mêmes, nous étions chaque fois ces inconnus magnifiques qu’ils inventaient, ces idées de nous telles des ombres fragiles dans de vieux miroirs oubliés au fond des chambres, et qui ajoutées à nos propres rêves, nos propres et inlassables tentatives de nous-mêmes, composeront durant quelques années encore de la vie sur cette terre cette étrange et brillante, et croirait-on inoubliable mosaïque, où rien ni personne ne permettra de dire vraiment qui nous fûmes. »

Les Petites Terres est un récit d’un seul tenant, tout entier livré à l’évocation d’un amour dont la secrète permanence – au-delà des déchirements, de l’exil et de l’ultime séparation – est la part lumineuse du dernier livre de Michèle Desbordes.

Extrait

Il était là parmi ces vieilles où je le trouvais encore parfois, parlant encore avec elles, ayant avec elles encore cette sorte de conversation courtoise et semblait-il enjouée, avec sa mèche sur le front et le même très suave, incomparable sourire, sachant que j’allais venir et m’attendant là tranquillement pour que nous allions faire un tour dans la rue où déjà il ne pouvait sortir seul sans s’égarer ou bien (et alors il se perdait tout autant et ne pouvait plus revenir) marcher et marcher en direction de son ancien quartier, sans le savoir, sans se le dire bien sûr, comme poussé par on ne sait quel instinct, quelle irrésistible habitude remonter la rue d’Alésia jusqu’à la place et de là continuer en direction de la Seine, connaissant, ayant connu pour y avoir à trois reprises vécu ce quartier mieux que tout autre, revenant sur ses pas, revenant sur sa vie comme l’animal chassé de son gîte par la mort d’un maître et qui parcourt dit-on des distances qu’on n’imagine pas pour aller le retrouver là où il repose, rester là des heures entières à gémir près de la tombe, comment donc était-ce possible, traversant la place dans l’emmêlement de voitures de piétons et de motos, ayant moins peur sans doute des voitures et des motos que de se trouver enfermé seul dans la chambre à regarder par la fenêtre, et peut-être étant venu à bout de la traversée s’installait-il là à la terrasse d’une brasserie devant l’église où il regardait les gens passer, oubliant alors peu à peu où il allait de ce pas et renonçant à son périple, à cette avancée hasardeuse et pleine de périls dans la ville soudain hostile, à moins qu’ayant bu le thé et mangé les gâteaux qu’il avait commandés il n’ait continué vers la rue des Plantes puis le métro Plaisance, passant la banque et le marchand de journaux d’autrefois et franchissant à un moment ou un autre sans doute la rue Didot et avec la rue Didot un pan entier de vie, revenant, rôdant là autour du bonheur enfoui, oublié, et peut-être était-ce un de ces jours qu’au 18 ou au 20 de la rue d’Alésia on s’étonnait de ne pas le voir réapparaître pour le dîner et qu’on commençait à le chercher, à se renseigner dans les rues du quartier et donner un premier coup de téléphone au commissariat, ils disaient qu’un matin à l’aube ils avaient trouvé sur le bord du périphérique une petite vieille en combinaison ou chemise de nuit, elle n’était pas de leur maison, non pas de leur maison, mais c’était des choses qui arrivaient il fallait bien le comprendre, aussi proposaient-ils une étiquette, un badge avec le nom et l’adresse à porter épinglé sur la veste ou le manteau de sorte qu’il n’y ait pas, qu’il n’y ait plus d’incidents de ce genre fâcheux pour tout le monde, et alors l’étiquette, le badge bientôt tu les portais bravement, comprenant bien que par ce signe on te distinguait des autres, de ceux qui n’en portaient pas, comprenant chaque jour un peu plus que quelque chose n’allait pas.

Revue de presse

French Review, 83.1, par Elizabeth Berglund Hall, Ithaca College (NY) (en anglais)

Michèle Desbordes’s Les Petites Terres, one of three novels published posthumously, is an autobiographical account of the death of the author’s lover, a writer twenty-five years her senior, who suffered in his last years from Alzheimer’s disease. It is a story of apology and grief: an apology to her unnamed lover for having left him... Lire la suite

L’Humanité, 15 mai 2008, par Alain Nicolas

Fécondité du désastre

Après quarante livres, Volodine s’efface devant une autre voix de l’univers marginal et subversif qu’il a créé.

« Les noms ou les surnoms sont des manières commodes d’étiqueter les gens, mais ils ne signifient pas grand-chose. Il n’y a pratiquement rien derrière. » Celui qui parle ainsi, dans Avec les moines-soldats, a... Lire la suite

Notes bibliographiques, avril 2008

De lui et d’elle (« la petite », comme il la nomme), en dehors du peu de choses mêlées qui affleurent au cours du récit, l’on sait seulement qu’ils se sont aimés, puis quittés, sans jamais se perdre de vue. Autrefois écrivain brillant, il est maintenant dans une maison de retraite, la mémoire perdue. Quant à elle,... Lire la suite

La Liberté, 1er mars 2008, par Alain Favarger

Explorer les terres du nevermore

Décédée en 2006 dans sa maison des bords de la Loire, la romancière nous revient avec un poignant récit posthume. Pavane pour un amour perdu.

Née en 1940 dans un village de Sologne, Michèle Desbordes faisait partie de cette petite cohorte des écrivains intimistes et essentiels qui touchent un... Lire la suite

Tageblatt, mars 2008, par Corina Ciocârlie

Une errance en ligne droite

Les Petites Terres – dernier récit de Michèle Desbordes, décédée en 2006 – est une belle histoire de deuil et de fidélité, doublement posthume car aucun des personnages qui l’habitent n’est plus de ce monde.

Un livre sur le déchirement et la fin des choses, imprégné, de la première à la dernière page,... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 1er mars 2008, par Hugo Pradelle

Le Parachèvement

Le récit posthume de Michèle Desbordes est l’ultime trace d’une langue magnifique, l’aveu discret d’un amour profond, le retour, la demande sereine devant la disparition.

Le dernier livre de Michèle Desbordes, comme un archipel, éparpillé, semble lumineux et doux, étrangement serein, pris dans une récapitulation très maîtrisée en même temps que spontanée.... Lire la suite

Le Nouvel Observateur, 28 février 2008, par Jérôme Garcin

Mourir d’aimer

Michèle Desbordes, l’auteur de L’Habituée et de La Robe bleue, est morte en janvier 2006, près de Beaugency, sur les bords de la Loire où elle était née, où elle avait vécu et où ses cendres furent dispersées. Dans une prose lente, ample et longue comme son fleuve, elle avait célébré Hölderlin, Vinci,... Lire la suite

Le Magazine littéraire, mars 2008, par Jean-Baptiste Harang

Le songe d’une vie rêvée

Le dernier livre de Michèle Desbordes, disparue en 2006, est un témoignage magnifique sur la fragilité de l’amour et de la vie. « Qu’aurons-nous donc été et pour qui ? », telle est la question.

Michèle Desbordes est morte le 24 janvier 2006 et, quoi qu’elle fasse, quelle que soit la goujaterie... Lire la suite

Madame Figaro>, 23 février 2008, par Alexandre Fillon

Romancière et essayiste dont on a aimé La Demande ou Un été de glycine, superbe évocation de Faulkner et de son monde, Michèle Desbordes s’est éteinte en janvier 2006 dans sa maison du bord de Loire. Son dernier livre, le posthume Les Petites Terres, vient aujourd’hui tisser ensemble bribes, fragments et parcelles pour un ultime... Lire la suite

Livres hebdo, 1er février 2008, par Véronique Rossignol

Rives

Sur les traces d’un homme aimé et disparu, l’émouvant dernier récit posthume de Michèle Desbordes.

Michèle Desbordes qui se sentait en fraternité avec Hölderlin et ses Poèmes fluviaux avait écrit sur lui, sur cette histoire de deuil et de fidélité, lorsque, après avoir appris la mort d’une femme aimée, il part à pied... Lire la suite