Carnet de notes, 2001-2010

Collection jaune

1 280 p.

39,60 €

Epub : 23,99 €

ISBN : 978-2-86432-666-3

Parution : janvier 2012

« Pour des raisons qui touchent à mes origines, à ma destinée, j’ai ressenti le besoin d’y voir clair dans cette vie. La littérature m’est apparue comme le mode d’investigation et d’expression le moins inapproprié. Elle est porteuse, comme l’histoire, comme la philosophie, comme les sciences humaines, d’une visée explicative, donc libératrice. Elle peut descendre à des détails que les discours rigoureux ne sauraient prendre en compte parce qu’il n’est de science que du général.
Les notes quotidiennes ne diffèrent pas, dans le principe, de ce que j’ai pu écrire ailleurs. Les autres livres se rapportent aux lieux, aux jours du passé, le Carnet à l’heure qu’il est, au présent. »

P.B.

Ce journal, qui couvre la première décennie du vingt et unième siècle, constitue le troisième volume des Carnets de notes de Pierre Bergounioux.

Extrait

[…] Repris le lent travail de dactylographie. J’ai atteint septembre 1991. Que de choses j’avais oubliées ! Elles seraient comme si elles n’avaient jamais eu lieu, sans les notes que j’ai prises au jour le jour. La vie se perd à mesure. C’est l’artifice de l’écriture qui permet, seul, de tenir l’oubli qui nous talonne en respect, de sauver quelque chose de ce qui s’est passé. Ça effraie.
Ve 13.10.2006
Le TGV, ponctuel, se présente à sept heures et le soir descend lorsqu’il retrouve l’air libre. Je suis assis à l’étage d’une rame en duplex. Tout me dit qu’on a changé d’ère, que je suis du passé. Autour de moi, des gens jeunes. Devant, un couple, trente-cinq ans, a allumé un ordinateur portable. À gauche, une jeune femme a fait de même. Comme j’associe ces machines à l’exploitation mécanique de l’information, à l’élucidation des vieux mystères, mon premier sentiment est qu’un peuple de savants a supplanté les esprits vétustes, sous-équipés, comme le mien. Mais il s’avère que les deux, devant, jouent au billard électronique, dont l’écran reproduit, très fidèlement, la boule, les plots, les chicanes, les leviers de renvoi. À gauche, on regarde des dessins animés et, un peu plus loin, un voyageur feuillette Paris Match, comme en 1959, par exemple. Le sentiment que tout a changé le cède à son contraire. C’est la même humanité sans espoir, sans but qui traverse la nuit à 250 km/h. Fatigué. Je ferme les yeux et suis tiré du sommeil où je ne m’étais pas vu passer, par la voix préenregistrée annonçant l’arrivée en gare de Rennes.
Ma 22.7.2008
En sortant de la pharmacie, j’ouvre un paquet de cigarettes et abandonne cavalièrement l’enveloppe de cellophane au vent. Ce qui suscite la réprobation de Paul, moraliste vétilleux, intransigeant. Je lui oppose que je mène, ici, une vie de prolétaire, de salarié agricole, que la société les traite injustement et qu’ils sont justifiés à prendre des libertés avec la société, comme de boire de la bière dans une voiture, sur un parking de supermarché, ou de jeter des trucs par terre. J’ai droit à une petite homélie.
Je 13.11.2008
Le mot jazz, en néon bleu, brille discrètement à la terrasse. Je songe que je n’aurai à peu près rien su de Paris, rien vu que les établissements universitaires et les librairies, occupé que j’étais à réparer les dommages et les pertes inhérents au fait de naître à Brive, au milieu du siècle dernier. Nous nous attablons rue des Lombards, dans un restaurant nommé Le Chant des Voyelles. Près de nous, un homme, seul, s’est fait servir des huîtres qu’il gobe posément. Que de gestes, de libertés m’ont été d’entrée de jeu et me demeureront jusqu’au bout étrangers !
[…]
À Courcelle peu avant dix heures. Le ciel est clair, la pleine lune illumine des bancs finement gaufrés de pâles nuages. Il fait plus froid et l’inquiétude me prend lorsque je longe les arrières de la résidence et, plus encore, remonte le chemin des Buttes. Il ne passe plus personne, à cette heure, et si je dégringolais, ce n’est pas avant demain matin qu’on retrouverait ma dépouille.

 

Revue de presse

Art press, mai 2012, par Alexandre Mare

Pierre Bergounioux, l’écriture de la vie quotidienne

Les trajets en RER, les pannes sur le périphérique, la ferraille à aller chercher, les cours qu’il faut donner (la lassitude des cours à donner), les textes à écrire, les gens à qui l’on doit téléphoner, les enfants qui viennent et qui repartent, les amis, les sorties à... Lire la suite

La Montagne, 4 mars 2012, par Daniel Martin

Bergounioux, par-delà le temps

Trente ans entre Paris, la Corrèze, l’écriture et l’enseignement. 3 000 pages en trois volumes, comme une œuvre essentielle, une méditation sur l’être, l’espace et le néant pressenti. Une vie.

Au troisième volume, le Carnet de notes de Pierre Bergounioux s’impose comme un monument. Trois mille pages pour relater au quotidien l’ordinaire d’une... Lire la suite

La Croix, 23 février 2012, par Patrick Kéchichian

Le métier de vivre de Pierre Bergounioux

Le troisième volume du carnet de notes de l’écrivain couvre la dernière décennie.

C’est par sa singularité obstinée et définitive que Pierre Bergounioux se rapproche de nous. Oui, chaque lecteur, individuellement, d’où qu’il vienne, qu’il croit au Ciel ou n’y croit pas – comme l’écrivain –, peut ressentir cette proximité.... Lire la suite

Les Inrockuptibles, 22 février 2012, par Marie Darrieussecq

À la recherche du temps qui passe

Marie Darrieussecq s’est plongée dans le journal de Pierre Bergounioux. Il avait tout pour lui déplaire, et pourtant…

Comment se fait-il que le journal de Bergounioux soit si addictif ? Me voilà accrochée par ce Carnet de notes. Je lis – quoi ? – des embouteillages sur la N20, des grèves du RER B, des... Lire la suite

Le Monde des livres, 17 février 2012, par Amaury da Cunha

Instantanés

Un journal, lorsqu’il est écrit par un auteur singulier, n’est pas nécessairement un défouloir intime saturé de confidences et d’anecdotes tirées d’une histoire privée qui ne regarde personne. Quand Pierre Bergounioux se livre à cet exercice littéraire, l’écriture de soi prend une forme inattendue : elle convoque à la fois la littérature et la vie,... Lire la suite

L’Indépendant, 12 février 2012, par Serge Bonnery

« L’écriture est une lutte sombre »

Entretien. Pierre Bergounioux, auteur prolifique, publie le troisième volume de ses Carnets aux éditions Verdier. Une entreprise littéraire qui donne le vertige.

Pourquoi rédiger des carnets de notes ?

Je le dois à mon père et ma mère qui, dès que mon frère et moi avons vu le jour, ont pris... Lire la suite

L’Humanité, 2 février 2012, par Christophe Mercier

Des vies écrites

[…] on sait [que Baillet est] un auteur de chevet pour Pierre Bergounioux, dont Descartes est le héros, omniprésent dans nombre de ses romans, et à qui il a consacré un bref essai, Une chambre en Hollande.

Le mercredi 6 juin 2007, il note dans son carnet : « Il va faire beau.

Les trente... Lire la suite

Télérama, 1er février 2012, par Nathalie Crom

« Nous nous sentions comme des réprouvés : les livres parlaient de Paris, jamais de nous. »

Entretien avec Pierre Bergounioux. Propos recueillis par Nathalie Crom.

L’étude et le savoir ont émancipé et ouvert aux mystères de l’existence cet écrivain né en Corrèze, voix majeure de la littérature française.

L’enfance et le temps sont les deux pôles... Lire la suite

La Quinzaine littéraire, 1er janvier 2012, par Tiphaine Samoyault

Le temps comme discipline

À partir de 2005, après que Gérard Bobillier lui eut proposé de publier son journal aux éditions Verdier, Pierre Bergounioux a commencé à dactylographier les notes dont, depuis 1980, il fait une activité presque quotidienne, dans de grands cahiers verts qui contiennent chacun neuf mois de son existence. Après la... Lire la suite

L’Humanité, 5 janvier 2012, par Jean-Claude Lebrun

Pierre Bergounioux : Humain, surhumain

La monumentale entreprise d’écriture au présent des travaux et des heures, commencée en 1980, se poursuit au long de ces presque 1300 pages, qui en même temps éclairent, bouleversent et sidèrent. Parce que l’amertume gagne, parce que la maladie frappe et le temps se rétrécit. Parce que l’existence qui ainsi s’expose... Lire la suite

La Liberté, 21 janvier 2012, par Alain Favarger

Les carnets d’un enseignant

Des romans, des essais, un vaste journal intime, toute l’œuvre de Pierre Bergounioux est portée par le désir « d’y voir clair dans cette vie ». Pour l’écrivain né à Brive-la-Gaillarde en 1949, la pratique de la littérature s’est longtemps faite en parallèle avec une activité d’enseignant dans des collèges d’Ile-de-France, où la... Lire la suite

Le Canard enchaîné, 18 janvier 2012, par Igor Capel

Le métier de vivre

Dans les mille pages de ce Carnet de notes (Verdier), Pierre Bergounioux raconte comment le temps a eu raison de ses illusions, et de lui-même.

Troisième tome du journal de Bergounioux, ce volume couvre la première décennie du siècle. L’écrivain a dépassé la cinquantaine, et son œuvre de « fiction » – une très sensuelle remontée... Lire la suite

Libération, 12 janvier 2012, par Claire Devarrieux

Pierre Bergounioux, tableau noir : Le journal de l’écrivain de 2001 à 2010

Le troisième tome du journal de Pierre Bergounioux est assombri par la maladie et le deuil. Non que l’auteur se soit montré primesautier au cours des deux décennies précédentes, vu sa « triste nature », ou qu’il ait été épargné par le malheur : le long... Lire la suite

Livres hebdo, 16 décembre 2011, par Alexandre Fillon

La ligne Bergounioux

Verdier publie le troisième volet des carnets de Pierre Bergounioux. Neuf années dans la vie de l’écrivain et enseignant.

C’est une œuvre monumentale, au long cours, dont on a déjà pu traverser deux volumes. Après avoir publié son journal de 1980 à 1990 et celui de 1991 à 2000, Verdier propose... Lire la suite

Radio et télévision

« L’enfance de l’art », par Willy Persello, Fréquence Protestante, samedi 29 septembre 2012 à 16h15

« Figures libres » : « Pierre Bergounioux : l’écriture en vacance », par Christine Lecerf, France Culture, dimanche 5 août 2012 de 20h30 à 22h

« La Grande Librairie », par François Busnel, présentation de Nathalie Crom, France 5, jeudi 31 mai 2012 à 20h35 et dimanche 2 juin 2012 à 8h55

« Des mots de minuit », par Philippe Lefait, France 2, mercredi 11 avril 2012 à 0h15

« Du jour au lendemain », par Alain Veinstein, France Culture, mardi 28 février 2012 de minuit à 0h35

« La Dispute », par Arnaud Laporte, France Culture, vendredi 17 février 2012 de 21h à 22h

« La nuit rêvée de… », par Philippe Garbit, France Culture, dimanche 12 février 2012 de 1h à 6h30

« Coup de cœur » de Laure Adler dans « Les Matins », par Marc Voinchet, France Culture, mardi 31 janvier 2012 de 6h30 à 9h

« Le Carnet d’or », par Augustin Trapenard, France Culture, samedi 7 janvier 2012 de 17h à 18h